vendredi 19 mai 2017

[Marine] La Demoiselle de Wellington de Dorothée Piatek




Auteur: Dorothée Piatek

Illustrateur : Jérémy Moncheaux

Maison d'édition: Seuil

Secteurs: Jeunesse

Nombre de pages: 100 pages

Prix du livre neuf: 12 €






Pour ce livre, j’ai eu la chance de rencontrer l’auteur avant de le lire, au Salon du Livre d’Arras, le 1er mai. La sortie de ce roman est dans le prolongement de la commémoration de la bataille d’Arras du 9 avril 1917, qui nous a permis de nous rendre compte de l’ampleur de celle-ci. Des milliers de soldats ont vécu sous la ville, dans les carrières, afin de préparer un combat sans précédent. C’est ce dont nous avons parlé rapidement avec l’auteur lors de notre rencontre. Elle m’a ensuite dédicacé mon livre, m’écrivant qu’elle m’accompagnait dans ma lecture pour découvrir le quotidien de ces hommes.  Ce roman est sorti le 11 mai, j’ai donc lu ce livre en avant-première (et oui mon article arrive un peu tard…) !

Vous vous demandez certainement pourquoi un roman sur la première guerre mondiale et ses soldats s’intitule La Demoiselle de Wellington. Je me suis moi-même posée la question mais j’ai très vite compris, dès la lecture des premières pages. Ce roman repose sur le portrait d’une jeune femme que l’on retrouve encore aujourd’hui dans les carrières Wellington, que l’on peut visiter. L’auteur a créé une histoire autour de ce portrait mystérieux. L’intrigue débute lorsqu’une anglaise apprend la mort de son mari au combat. Elle reçoit alors le carnet que celui-ci a tenu pour elle. Il y a écrit ses espoirs, ses peines et ses conditions de vie.  Et c’est ce carnet que nous allons lire dans ce roman et plus précisément les cinq jours qui ont précédé le combat.

Ce qui m’a d’abord frappé, c’est l’ampleur de cette bataille. Le personnage principal, Dean Kingston s’étonne lui-même, au début du roman, du caractère exceptionnel de ce qui se prépare à Arras. La ville est meurtrie par les bombardements des Allemands se trouvant aux alentours et pendant ce temps une ville se construit sous terre. Des soldats de toutes les nationalités se rassemblent pour faire front ensemble. Des Anglais, des Canadiens… sont venus renforcer les troupes françaises. Même des Néo-Zélandais sont là pour creuser des tunnels. Ceux-ci ont permis aux soldats d’approcher le plus possible de la ligne de front sans traverser le no man’s land afin d’attaquer l’ennemi  par surprise.

Mais ce roman n’est pas simplement une description de faits historiques. L’auteur nous fait découvrir le quotidien et l’état d’esprit des hommes vivants sous terre dans l’attente d’une bataille qui s’annonce exceptionnelle. Ce carnet est un concentré d’émotions. Le soldat s’adresse directement à sa femme, Jenny, dans ses écrits, ce qui permet une identification supplémentaire du lecteur. Pour ma part, je me suis identifiée à cette femme et j’ai lu ce carnet à travers ses yeux. Mais j’imagine que, selon le lecteur, l’identification peut se faire également avec Dean. Dans les deux cas l’émotion est palpable du début à la fin. L’atmosphère dans cette carrière est pesante et l’est de plus en plus. Même s’il fait plus chaud qu’au dehors, les soldats ont froid. Ils souffrent de ne plus voir la lumière du jour et de ne pas pouvoir respirer l’air frais du dehors. De plus, tout les rapproche d’une bataille qu’ils anticipent comme un combat sanglant. Lorsque Dean raconte cela à sa femme, nous ressentons l’angoisse qui le ronge. Mais par moments, le soldat évoque ses espoirs et ses souvenirs heureux dans sa campagne anglaise où Jenny l’attend. Il ne cesse de répéter qu’il vaincra lors de cette bataille et qu’il rentrera chez lui. Ces passages sont de véritables bulles d’oxygène que ce soit pour le personnage ou pour le lecteur. Nous sommes face à un personnage plein d’humanité qui a même de la compassion pour l’ennemi. Non pas pour les Allemands qui les attaquent mais pour ces soldats qui sont des individus comme lui qui se battent pour leur pays et qui souffrent dans le froid. Eux aussi ont des gens qui les aiment et qui les attendent dans leur pays. Une belle leçon !

Je dois vous dire que j’ai lu la première journée de ce carnet à haute voix. Pourquoi ? Pour faire résonner les mots et entendre leur beauté. Dorothée Piatek, a bien choisi ses mots afin de faire ressortir émotion, délicatesse, puissance et beauté. En lisant ainsi, j’avais l’impression que Dean s’adressait directement à moi, c’est pourquoi mon identification à Jenny a d’autant plus fonctionné. Ce roman, très bien écrit, est accompagné de quelques illustrations en noir et blanc. Elles représentent les scènes clé du roman. La plupart d’entre elles montrent les émotions des personnages.

J’ai passé un très beau moment à la lecture de ce roman, un moment qui m’a fait ressentir le poids et la gravité de ce qu’ont vécu ces hommes. Il est nécessaire de pourvoir comprendre ce qu’ils y ont ressenti. Cela m’a également donné envie de revisiter les carrières Wellington. Mais après cette lecture, je pense que j’aurai un regard différent sur celles-ci. Lisez-ce livre, potentiels futur lecteurs, puis venez faire un tour à Arras, vous ne serez pas déçus.

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